Vous le savez, vous en avez conscience mais vous ne vous l'avouez peut-être pas encore: votre stratégie LinkedIn est trop fragile
Bien entendu, si vous publiez de temps en temps des billets d'humeur, juste pour le plaisir, vous n'êtes pas concerné.
Mais si vous utilisez LinkedIn, ou un autre réseau, avec un objectif, votre stratégie est probablement construite sur du sable.
Linkedin est un réseau professionnel. Même si c'est de moins en moins le cas, LinkedIn reste quand même le réseau sur lequel on se rend naturellement pour recruter ou trouver un travail mais aussi pour proposer une offre, trouver des clients ou des partenaires.
Sauf qu'une erreur est très souvent commise.
Il ne faut jamais construire une activité commerciale dépendante d'un réseau.
Votre business ne doit pas être SUR Linkedin, il doit être à côté, et pour une raison très simple: vous devez vous mettre à l'abri des algorithmes.
Si votre flux de clients ou votre système de recrutement ou vos recherches de partenaire repose sur Linkedin, vous vous mettez vous-même en difficulté.
Je vous parle de déplateformisation. Mais ça veut dire quoi, au juste ?
Ceci, simplement : vos flux de revenus ne doivent pas dépendre des algorithmes de recommandation.
Et si cette dépendance est dangereuse, ce n'est pas par malchance. C'est par construction.
Un réseau social ne vend pas du lien. Il vend de l'attention. La vôtre, celle de votre audience.
Votre portée gratuite n'est pas un droit. C'est un actif que la plateforme peut reprendre, restreindre ou adapter quand elle le décide, et ses intérêts et les vôtres ne sont pas alignés.
Pour être plus précis, ils ne sont pas alignés tout le temps. Il y a des périodes de grâce où tout fonctionne, presque par magie, mais cela ne dure jamais.
Et lorsqu'il y a divergence d'intérêt, c'est toujours c'est toujours vous qui payez.
Avoir du succès sur les réseaux sociaux, c'est comme avoir une belle maison, mais une belle maison avec une structure un peu particulière.
Vous avez beau avoir une belle maison, vous l'avez posée sur un terrain qui n'est pas le vôtre. Sans fondations. Sur un sol meuble qui peut se dérober à tout moment.
Une maison comme celle-là ne vous met pas à l'abri. Elle vous expose.
Le problème n'est pas le principe des réseaux sociaux : ils mettent des gens en relation et c'est très bien.
Le problème c'est la mécanique de croissance des réseaux, et leur fonctionnement au quotidien.
Et cela se traduit d'une manière très simple : vous bâtissez sur un terrain que vous louez.
En fonction de sa stratégie, du contexte, des variations de la réglementation ou juste de son humeur, le propriétaire peut tout changer demain matin.
Il change les règles : votre portée s'effondre du jour au lendemain. Il augmente le loyer : ce qui était gratuit devient payant. Il vous expulse : un compte suspendu, et toute votre audience disparaît avec.
Ce ne sont pas des hypothèses. Regardez.
Il change les règles.
Facebook a longtemps été un eldorado. En 2012, une page touchait en moyenne 16% de ses abonnés sans rien payer. Puis le robinet s'est fermé. 6% en 2014. 2% en 2018. Aujourd'hui, 1 à 2%. Autrement dit : vous rassemblez patiemment 10 000 personnes, et 98% d'entre elles ne voient jamais ce que vous publiez. Personne ne vous a prévenu. La règle a simplement changé. Et ce n'est pas un accident. Pendant que la portée gratuite s'effondrait, le chiffre d'affaires publicitaire de la plateforme, lui, montait. La gratuité d'hier est devenue l'inventaire qu'on vous revend aujourd'hui.
Il augmente le loyer.
C'est exactement ce mécanisme. Ce que vous touchiez gratuitement, il faut désormais le payer pour le retrouver. X déclasse les publications qui renvoient vers l'extérieur. Meta testerait un système qui obligerait à payer pour partager plus de deux liens par mois et avoir un business bâti sur la curation. La porte de sortie se referme. Doucement. Puis elle devient payante.
Il vous expulse.
Et il n'a même pas besoin de vous bannir pour vous couper l'herbe sous le pied. Demandez aux éditeurs qui vivaient du trafic Google. Avec l'arrivée des réponses générées par l'IA, le trafic search vers les sites a chuté d'environ un tiers dans le monde en 2025. Du jour au lendemain, des entreprises entières ont vu leur source de trafic non ps s'évaporer, mais se diluer. Sans faute de leur part. Le propriétaire a juste réaménagé la maison.
En fait, si vous construisez votre dépendance au réseau, vous n'avez dans les faits rien construit du tout. Vous avez décoré une maison que vous ne possédez pas.
Et il y a pire que la portée. Il y a la relation elle-même.
Sur LinkedIn, vous avez sans doute des milliers d'abonnés. Mais essayez de les emporter. Vous ne le pouvez pas. Vous n'avez pas leur adresse. Vous n'avez pas le droit de les contacter ailleurs "pour des raisons de sécurité". Ces contacts ne sont pas à vous. Vous y accédez en location. Le jour où la plateforme ferme la porte, ils restent de l'autre côté.
C'est toute la différence entre posséder et emprunter.
Déplateformiser ne veut pas dire quitter LinkedIn. Ce serait absurde. LinkedIn reste le meilleur endroit pour être vu.
Déplateformiser, c'est déplacer vos fondations sur un terrain qui est à vous.
Se mettre à l'abri des algorithmes, cela tient dans une seule question : si LinkedIn disparaissait ce soir, que vous resterait-il demain ?
Si la réponse est "rien", vous n'avez pas une stratégie. Vous avez une dépendance.
Le sable, laissez-le aux autres.
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C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve samedi prochain ✌️
Passez un merveilleux week-end.
Jean-Philippe
P.S. J’ai toujours beaucoup de plaisir à vous partager mes analyses et points de vues chaque samedi matin.
Et si vous êtes allé au bout, c’est que nous partageons ce goût pour l’analyse. Mais c’est peut-être aussi le cas d’un de vos proches, un ami ou un membre de la famille, que vous pourriez inviter à la discussion.
Peut-être pourriez-vous juste lui transférer Secret Sauce avec un bref message : “Je viens de lire cette analyse, je serais curieux d’avoir ton point de vue.”
