Quand on passe du temps à écrire un post, qu'on y met toute son énergie, toute sa créativité, toute sa volonté de partager une chose importante avec ses lecteurs, on est plein d'espoir.
On se dit que ça y est, on a trouvé l'angle, on a trouvé la bonne formulation, on a dit les choses exactement comme on voulait les dire.
On imagine déjà ses lecteurs habituels s'emparer du post, le commenter avec délice et enthousiasme. On se voit répondre et se lancer dans des débats intenses et fertiles. On se voit créer des liens forts avec les gens. On se voit partager, et apprendre.
Et puis le couperet tombe. Cinquante vues à la première heure. Quatre cents au bout de deux jours.
Et c'est la spirale, dans l'autre sens. L'enthousiasme devient amertume, et les espoirs se changent en sensation de défaillance, car il n'y a rien de plus destructeur que de rester les yeux figés sur les compteurs.
Et on connaît tous la suite, parce qu'on la vit à chaque fois de la même manière
D'abord on refuse d'y croire. On se dit que c'est trop tôt, que ça va remonter, que l'heure de publication était mauvaise. On recharge la page. F5 devient notre meilleur ami.
Puis on en veut à la plateforme. Saleté d'algorithme qui ne promeut que les contenus médiocres et putaclics.
On en veut aux gens qui likent des banalités et qui ignorent ce qu'on a mis trois heures à formuler.
Ensuite on négocie. On se dit qu'on aurait dû couper la première phrase. Changer l'accroche. Publier mardi plutôt que jeudi.
Mais bien sûr que 7h52 était la mauvaise heure, à 8h12 on aurait cartonné.
Et on refait le post dans sa tête, 10 fois, 20 fois, en se disant qu'on apprend.
Et puis on s'effondre un peu. On se demande si on a encore quelque chose à dire. Si quelqu'un écoute. Si tout ça sert à quelque chose.
C'est un deuil. Un vrai, avec ses étapes. Et si on le reconnaît comme tel, on sait aussi qu'il a une fin.
Mais ce qu'on enterre n'est pas le post
On croit faire le deuil de son texte. On fait en réalité le deuil d'une attente.
L'espoir qu'on y a mis se joue sur des semaines. Le chiffre qu'on regarde se joue en soixante minutes. Ce n'est pas le même horizon temporel, ce n'est pas la même chose, et pourtant on demande au second de juger le premier.
Cinquante vues, ce n'est pas un verdict. C'est un échantillon minuscule. À cette taille, le hasard pèse plus lourd que la qualité. L'heure de publication. L'actualité du matin. Trois lecteurs fidèles qui étaient en réunion. La façon dont la plateforme a testé le texte auprès d'un premier groupe. Chacun de ces éléments déplace le chiffre bien davantage que la solidité de ce qu'on a écrit.
On le sait, d'ailleurs. On ne jugerait jamais une décision stratégique sur une semaine de résultats. On ne changerait pas de positionnement parce que le premier mois déçoit. On sait que la variance à court terme n'est pas un signal.
On l'applique à tout car c'est du bon sens. Oui.
On l'applique à tout, sauf à soi.
Il faut rester concentré sur ce qui compte.
Les nombres de vues, de likes, de partages ne sont pas des paramètres à surveiller de manière instantanée. Ce qui compte, ce sont les moyennes, sur des périodes, même courtes mais plus longues que la minute ou l'heure.
Deux semaines comparées aux deux semaines précédentes disent quelque chose. Un post isolé à sa première heure ne dit rien.
Et il y a ce qu'aucun compteur n'affiche. Le message privé d'un dirigeant qui a fait lire le texte à son comité. Le commentaire qui ouvre un vrai désaccord. C'était ça, l'espoir du départ. Les liens, les débats, les gens. Pas le chiffre.
On accepte qu'un post ne se juge pas à chaud. On accepte qu'on écrit pour une durée, pas pour une heure. On accepte de refermer l'application et de revenir plus tard.
Le deuil qu'on porte n'est pas celui du texte. Il est celui d'une attente mal calibrée. Et si on recalibre l'attente, le texte retrouve sa valeur intacte.
Parce qu'on n'a pas échoué, on a juste regardé trop souvent la mauvaise horloge.
Mais tout cela s'apprend.
Pour comprendre son audience, il y a quelques règles facile à suivre.
Changer ses mauvaises habitudes, cela se règle rapidement.
Rentrer dans la bonne dynamique sur les réseaux sociaux, c'est accessible à tous.
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C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve samedi prochain ✌️
Passez un merveilleux week-end.
Jean-Philippe
P.S. J’ai toujours beaucoup de plaisir à vous partager mes analyses et points de vues chaque samedi matin.
Et si vous êtes allé au bout, c’est que nous partageons ce goût pour l’analyse. Mais c’est peut-être aussi le cas d’un de vos proches, un ami ou un membre de la famille, que vous pourriez inviter à la discussion.
Peut-être pourriez-vous juste lui transférer Secret Sauce avec un bref message : “Je viens de lire cette analyse, je serais curieux d’avoir ton point de vue.”
