Il y a quelques jours, je déjeunais avec un ami CMO d'une PME. Il me disait que le marketing digital avait atteint une puissance ces dernières années que personne n'avait anticipée.
On n’imaginait pas il y a juste 10 ans la performance de plateformes comme TikTok.
La transformation d'Instagram en machine de guerre publicitaire et commerciale n'était pas si flagrante il y a encore quelques années.
Mais il me disait aussi que cette puissance était surtout au service des grandes entreprises. Qu'est-ce que les petites peuvent faire ?
La technologie est là, les méthodes et techniques aussi, mais comment les employer quand on a des ressources limitées ?
La newsletter de cette semaine est ma réponse à cette question.
Connaissez-vous la notion de Digital Fingerprint ?
L'empreinte de doigt digitale ?
Les 3 dimensions de l’empreinte digitale numérique
L’empreinte digitale numérique (ou digital fingerprint) se structure selon trois grandes dimensions complémentaires, qui permettent une traçabilité quasi unique des individus sur le web.

1. La dimension technique
Cette dimension repose sur l’ensemble des caractéristiques de l’appareil et du navigateur que l’utilisateur emploie pour naviguer sur Internet.
C'est aussi la dimension la plus communément comprise.
Voici quelques exemples de données collectées via votre navigateur:
Type et version du navigateur (Chrome, Firefox…)
Système d’exploitation (Windows, macOS, Linux…)
Résolution d’écran, couleur, profondeur de bits
Plugins installés
Polices disponibles
Langue, fuseau horaire
Méthodes de rendu graphique (Canvas, WebGL)
Données issues des entêtes HTTP
Pourquoi c’est important :
Ces éléments permettent de générer une signature unique.
La combinaison de ces caractéristiques peut identifier de manière unique plus de 95 % des navigateurs.
2. La dimension comportementale
Cette dimension est liée à ce que nous sommes, comment nous effectuons nos choix en ligne, comment nous utilisons l'appareil que nous employons pour naviguer.
On parle en l'espèce de comportement de navigation de l’utilisateur, c’est-à-dire comment il interagit avec les interfaces.
Exemples de données comportementales :
Vitesse de frappe (keystroke dynamics)
Mouvement de souris et gestuelle
Schémas de scroll et de clic
Temps passé sur une page
Ordre des interactions
Séquence de navigation (clickstream)
Ces informations sont vitales car elles sont uniques.
Ces données comportementales permettent une reconnaissance implicite de l'utilisateur, même lorsqu’il change d’appareil ou efface ses cookies.
Elles sont parfois utilisées dans des systèmes d’authentification "invisibles" (ex : banques, outils antifraude).
3. La dimension biométrique (aussi appelée "dimension sensible")
Cette dimension est beaucoup plus latente.
Elle correspond aux données issues de l’environnement utilisateur ou de capteurs qui révèlent des éléments plus profonds sur son identité ou son état.
Exemples de données sensibles :
Adresse IP (géolocalisation potentielle)
Données de capteurs de votre téléphone (accéléromètre, gyroscope, proximité)
Reconnaissance faciale / vocaux
Données biométriques (empreinte vocale, rythme de frappe)
Appareils connectés à proximité (Bluetooth, Wi-Fi)
Réseaux utilisés
Si chacun peut se faire une bonne idée des deux niveaux précédents, ce troisième niveau est bien plus profond, bien plus subtil, en complétant les deux précédents avec un niveau contextuel et biométrique, parfois très invasif.
Utilisé par certains systèmes pour des scénarios de sécurité avancée ou... de surveillance.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que la combinaison de ces trois dimensions rend chaque utilisateur du web unique. En employant ces trois dimensions, il n'y a virtuellement plus d'anonymat sur le web.
Lorsque l'on comprend ces trois niveaux, deux questions viennent naturellement à l'esprit:
Si on est une entreprise, comment les comprendre, les utiliser, dans le respect de la loi, pour mieux comprendre le comportement de mes utilisateurs, et leur délivrer plus de valeur ?
En effet, ces trois dimensions permettent de mieux comprendre les utilisateurs, de faire de meilleurs personas, et de concevoir de meilleurs produits et services.
Sauf que ces superpouvoirs ont des conséquences.
Si on est un usager, comment se protéger de ces incursions dans notre vie privée, comment se protéger d'entreprises qui vont trop loin ? Et si les entreprises décident d'employer ces superpouvoirs contre leurs utilisateurs ?
Et c'est là que les notions de réglementation et de protection de la vie privée prennent tout leur sens.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que c'est un équilibre.
Pour les entreprises, respecter l'utilisateur, c'est aussi cela être customer centric et délivrer plus de valeur.
Pour les utilisateurs, limiter l'accès aux données, c'est aussi bénéficier de moins de services.
L'arbitrage est propre à chacun.
Certains s'en moquent complètement, d'autres sont très suspicieux.
Chacun doit trouver un équilibre.
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C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve samedi prochain ✌️
Passez un merveilleux week-end.
Jean-Philippe
P.S. J’ai toujours beaucoup de plaisir à vous partager mes analyses et points de vues chaque samedi matin.
Et si vous êtes allé au bout, c’est que nous partageons ce goût pour l’analyse. Mais c’est peut-être aussi le cas d’un de vos proches, un ami ou un membre de la famille, que vous pourriez inviter à la discussion.
Peut-être pourriez-vous juste lui transférer Secret Sauce avec un bref message : “Je viens de lire cette analyse, je serais curieux d’avoir ton point de vue.”
