Bientôt la fin de l’été, c’est le moment d’accéder aux ressources clés pour bien aborder la rentrée.
J’ai regroupé sur mon site des ressources pour mieux penser votre stratégie, comprendre l’IA et passer plus vite de l’idée à l’action.
Guides, méthodes et contenus pratiques : vous pouvez tout consulter gratuitement.
« Hannibal ad portas », littéralement « Hannibal est à nos portes ».
C'est le cri d'alerte romain par excellence.
Après le désastre de Cannes (216 av. AEC), Rome vit dans la hantise qu'Hannibal et son armée "barbare" ne marchent sur la ville. L'expression devient proverbiale : chacun l'emploie pour désigner un danger existentiel, imminent, arrivé jusqu'aux portes.
Les mères romaines en usaient, dit-on, pour faire peur à leurs enfants.
Le Carthaginois était devenu ce croquemitaine d'un empire, et cette peur qu'il franchisse les remparts pour livrer Rome au saccage gouvernait chaque esprit. Il ne les a jamais franchis.
Voici le paradoxe que l'on néglige de raconter. Hannibal était réellement proche de Rome, mais n'est jamais entré.
Le sac de la ville que chacun redoutait n'est jamais advenu.
Pendant ce temps, le conflit se décidait ailleurs, là où précisément personne ne tremblait. Dans toute la logistique, dans les alliances qui basculent, dans l'usure du temps long, dans la patience de ce certain Fabius qui refusait systématiquement le combat.
Rome n'a pas failli mourir par où Rome croyait mourir. Et Hannibal a finalement tout perdu faute d'avoir réussi à transformer sa victoire.
Rome surveillait ses portes. La guerre avait lieu dans son dos.
Vous reconnaissez cette angoisse, elle a simplement changé de nom.
Depuis trois ans, deux mots terrorisent les dirigeants comme Hannibal terrorisaient jadis les Romains. « L'IA approche, elle est là, elle emporte tout ». On les murmure dans ces comités, on les brandit en conférence, on les utilise pour vendre des séminaires, pour tenir les organisations en tension.
L'intelligence artificielle est l'épouvantail de notre décennie.
Et comme toute peur du Croquemitaine, elle est avant tout théâtrale.
Observez ce qui nous terrifie réellement. La machine qui prend ce pouvoir et se retourne contre son créateur. Le grand effacement des métiers, évaporés du jour au lendemain comme à Cannes. La conscience artificielle qui s'éveille, nous pointe du doigt et nous juge. Le registre reste celui du cinéma, et ce n'est pas un hasard.
Ces craintes sont immédiates, spectaculaires, viscérales. Celles-ci ont le visage d'Hannibal posté sur sa colline. Elles demeurent aussi, pour l'essentiel, fantasmées.
Or pendant que vous scrutez vos portes, la guerre se déroule dans votre dos.
Le principal danger ne fait aucun vacarme. Vous ne serez pas évincé par la machine. Vous déléguerez progressivement à elle, doucement, une décision après l'autre, jusqu'à ne presque plus savoir penser sans aide.
Ce n'est pas la substitution qu'il faut redouter, c'est l'affaiblissement. Le dirigeant qui confie le jugement à un modèle finit par perdre le muscle cognitif qui faisait sa valeur. Personne ne vous prendra votre métier, c'est vous qui le désapprenez.
Un deuxième danger est plus insidieux encore. Si tout le monde interroge les trois mêmes systèmes que sont Claude, ChatGPT et Gemini, tout le monde produit une même pensée.
L'IA n'anéantit pas votre avantage stratégique par la force. Elle le dilue dans la moyenne. Elle le dissout dans la médiocrité.
Le moment où vos concurrents et vous puisez à la même matrice, la différence qui vous laissait exister s'évapore sans un bruit. L'uniformité ne se combat plus. Elle s'installe.
Mais le risque le plus profond est ce péril que l'on ne nomme guère, parce qu'il ne ressemble en rien à ce que chacun redoutait et connaissait.
Vous ne louez plus un outil. Vous louez une intelligence à quelques entreprises qui ne vous appartiennent pas. Cette pensée, votre production, votre accès à vos clients transitent aujourd'hui par des portes que vous ne tenez plus.
Hannibal, en revanche, campait au moins devant les vôtres.
Vous, vous avez placé l'assiégeant au centre de cette place.
Voilà tout l'écart. Ces peurs les plus bruyantes relèvent d'un monde, et ces dangers les plus réels d'un autre.
Platon nous l'avait déjà enseigné en différenciant le réel de la réalité. La réalité désigne le monde qui nous environne, comment nous le percevons. Le réel, c'est le monde tel qu'il est, vraiment.
Le croquemitaine relève de la réalité. Il constitue le produit de notre perception, de nos angoisses, des histoires qu'on nous vend.
Le péril, lui, appartient au réel. Celui-ci avance sans visage, sans bruit, sans cri, précisément là même où notre perception ne va plus le chercher.
La caverne de Platon est toujours d'actualité. Nous contemplons des ombres sur le mur pendant que le réel se joue derrière nous-mêmes. Nous nous agitons, nous crions, nous tempêtons et vitupérons, mais pendant ce temps, que faisons-nous, réellement ?
Aujourd'hui, sur les sujets consacrés à l'IA, il est urgent de combler le gouffre séparant réel et réalité. Il devient temps de se former sérieusement, pour comprendre, et chasser ces peurs.
Pour qu'Hannibal ne se présente jamais à nos portes.
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C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve samedi prochain ✌️
Passez un merveilleux week-end.
Jean-Philippe
P.S. J’ai toujours beaucoup de plaisir à vous partager mes analyses et points de vues chaque samedi matin.
Et si vous êtes allé au bout, c’est que nous partageons ce goût pour l’analyse. Mais c’est peut-être aussi le cas d’un de vos proches, un ami ou un membre de la famille, que vous pourriez inviter à la discussion.
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