C’est la rentrée ! Et donc le meilleur moment pour accéder aux ressources clés pour bien commencer l’année.
J’ai regroupé sur mon site des ressources pour mieux penser votre stratégie, comprendre l’IA et passer plus vite de l’idée à l’action.
Guides, méthodes et contenus pratiques : vous pouvez tout consulter gratuitement.
On répète partout que l’intelligence artificielle change tout.
C’est devenu un lieu commun, et comme tous les lieux communs, il est à moitié faux.
L’IA nous accompagne depuis des décennies, dans les fantômes de Pac-Man qui nous traquaient déjà avec méthode, dans les logiciels de gestion qui optimisaient les stocks, dans les moteurs de recommandation qui choisissent nos films, nos musiques ou nos trajets depuis des années.
Nous vivions déjà entourés d’intelligence artificielle, simplement nous ne lui parlions pas.
Et c’est peut-être là que se trouve le véritable basculement, car ce qui a changé n’est pas seulement la puissance de la machine. Ce qui a changé, c'est l'interfaçage avec nous, c’est notre manière de nous comporter face à ce que nous ne comprenons pas, face à ce qui nous inquiète, face à ce que nous voudrions savoir immédiatement.
Ce qui change fondamentale, c'est que nous pouvons communiquer avec elle en langage naturel, dans notre langage.
Prenons ChatGPT. Nous lui demandons tout, mais si l’on regarde froidement les questions que nous lui posons, beaucoup existaient déjà avant lui.
Il suffit de taper « mal de tête au réveil », « modèle de lettre de motivation », « comment supprimer une colonne dans Excel ? », « que veut dire cette clause dans mon contrat ? » ou encore « comment répondre à ce message ? » pour s’en rendre compte.
Google répondait déjà à toutes ces questions. Nous le consultions déjà pour nos fautes d’orthographe, nos angoisses de santé, nos problèmes informatiques, nos hésitations administratives et toutes les questions trop banales, trop embarrassantes ou trop bêtes pour être posées à quelqu’un.
Nous avions déjà une sorte de manuel, mais il ne comportait que des liens, et ne nous apportait pas vraiment de réponses.
Aujourd'hui, ce manuel a changé: il est complet, illimité, concerne toutes les facettes de la vie, et nous parle un langage compréhensible et articulé.
Et cela change beaucoup plus de choses qu’il n’y paraît, parce qu’au lieu de dix liens à ouvrir, comparer, trier et interpréter, nous obtenons une réponse immédiate, formulée dans notre langue, à notre niveau, avec la possibilité de préciser, de demander un exemple, de contester, de reformuler ou de recommencer.
Nous ne cherchons plus vraiment une information : nous dialoguons avec elle.
Au départ, tout semble parfaitement fonctionnel. Nous demandons le raccourci d’un logiciel que nous venons d’installer, pourquoi cette fichue formule RECHERCHEV refuse de s’exécuter, comment fonctionne une option d’Excel que nous avions oubliée, ce que signifie une clause de contrat incompréhensible ou comment configurer un appareil dont la notice a disparu depuis longtemps.
En somme, nous utilisons ChatGPT comme un manuel technique, celui que nous aurions dû lire mais que nous n’avons jamais eu le courage d’ouvrir jusqu’au bout.
Puis, presque sans que nous nous en apercevions, le registre change.
Nous ne demandons plus seulement comment fonctionne un logiciel, mais comment négocier une augmentation sans passer pour un ingrat, comment dire non sans vexer, comment gérer un management toxique sans perdre son sang-froid, ou comment expliquer ce que nous ressentons lorsque nous n’arrivons même pas à le formuler nous-mêmes.
Ce ne sont plus des manuels de logiciel, ce sont des manuels de vie.
Nous entrons par la machine et nous ressortons par nous-mêmes.
Et puis la pente continue, jusqu’aux questions que nous ne poserions parfois à personne.
La posologie que l’on vérifie discrètement, le symptôme que l’on hésite à chercher parce qu’on a peur de la réponse, le doute que l’on n’ose pas formuler sur son couple, la sensation étrange que quelque chose ne va pas au travail, la décision que l’on repousse depuis six mois, la phrase que quelqu’un nous a dite et que l’on rejoue mentalement pour la centième fois, ou cette peur irrationnelle qui revient toujours à la même heure de la nuit.
Ce bouton que j'ai sur le pied ou la main. Qu'est-ce que c'est ? Une photo et un prompt plus tard, la "consultation médicale" qui nous rassure ou nous inquiète est là.
Nous posons ces questions à la machine parce qu’elle présente un avantage immense sur les humains : nous n’avons pas à soutenir le regard de celui qui reçoit la question. Il n’y a ni gêne, ni embarras, ni nécessité de sauver la face, ni besoin de prétendre que tout va bien. Il suffit d’écrire, dans le secret de la confidence, dans le secret de notre ignorance.
À partir de ce moment-là, ChatGPT n’est plus seulement un outil de productivité.
Il devient le réceptacle de ce que nous n’arrivons pas toujours à dire, et parfois même le catalyseur de nos obsessions.
Ce que nous lui demandons à trois heures du matin dessine nos inquiétudes avec une précision que nous n’accordons à presque aucun proche.
Nos questions répétées révèlent nos peurs, nos reformulations révèlent nos hésitations et les sujets auxquels nous revenons sans cesse révèlent ce qui nous travaille vraiment.
Notre historique n’est donc plus seulement une liste de recherches. C’est presque un aveu.
Et c’est là que le phénomène devient vraiment intéressant, car ChatGPT ne nous apporte pas seulement davantage de réponses : il modifie peu à peu notre relation au fait de ne pas en avoir.
Avant, ne pas savoir faisait partie de la vie. On patientait, on demandait autour de soi, on cherchait dans un livre, on appelait quelqu’un le lendemain, on attendait le prochain rendez-vous et l’on acceptait parfois de laisser une question ouverte pendant quelques heures, quelques jours ou quelques années. Certaines questions n’avaient d’ailleurs jamais de réponse, et nous vivions avec.
Aujourd’hui, chaque incertitude dispose de son guichet, ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans rendez-vous, sans fatigue et sans témoin. À chaque doute correspond désormais la possibilité immédiate d’une réponse, à chaque hésitation une explication, à chaque problème une piste et à chaque peur une formulation possible.
Et à force de disposer d’une réponse potentielle à tout moment, quelque chose est en train de devenir beaucoup plus difficile à accepter : ne pas savoir.
ChatGPT ne change peut-être pas profondément les questions que nous nous posons, car nous doutions déjà, nous avions déjà peur, nous cherchions déjà des conseils et nous voulions déjà comprendre le monde, les autres et nous-mêmes.
En revanche, il change radicalement ce que nous acceptons de laisser sans réponse.
Il change notre rapport à l'inconnu.
C’est peut-être cela, le bouleversement le plus profond. Non pas qu’une machine sache davantage, ni même qu’elle nous réponde mieux, mais que nous supportions de moins en moins de ne pas savoir.
L’IA ne supprime pas l'ignorance et l'ennui. Elle est peut-être simplement en train de nous faire perdre l’habitude de vivre avec elles.
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C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve samedi prochain ✌️
Passez un merveilleux week-end.
Jean-Philippe
P.S. J’ai toujours beaucoup de plaisir à vous partager mes analyses et points de vues chaque samedi matin.
Et si vous êtes allé au bout, c’est que nous partageons ce goût pour l’analyse. Mais c’est peut-être aussi le cas d’un de vos proches, un ami ou un membre de la famille, que vous pourriez inviter à la discussion.
Peut-être pourriez-vous juste lui transférer Secret Sauce avec un bref message : “Je viens de lire cette analyse, je serais curieux d’avoir ton point de vue.”
